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En 2025, le Sénégal a fait ce que beaucoup croyaient impossible, d’autres inutile, et certains franchement dangereux pour leurs petites habitudes bien installées : intervenir massivement sur son propre marché domestique. Près de 4000 milliards de francs CFA mobilisés. Pas évaporés dans les couloirs feutrés des conférences internationales, pas dilués dans les communiqués creux et les promesses hors-sol, mais injectés ici, chez nous, dans l’économie réelle, celle qui transpire, qui trébuche parfois, mais qui fait vivre le pays.
La nouvelle a provoqué une panique feutrée. Des sourcils se sont levés dans les salons climatisés où l’on préfère emprunter pour respirer plutôt que produire pour vivre. Car enfin, quelle audace ! Un État africain qui décide que l’argent public doit d’abord travailler pour le pays, au lieu de rassurer des tableaux Excel lointains et des dogmes importés sous cellophane.
Pendant des années, on nous avait vendu un État minimal, presque honteux d’exister, réduit au rôle de commentateur fatigué de sa propre économie. En 2025, le Sénégal a changé de posture. L’État se lève, ouvre le portefeuille et assume. Il investit, soutient, structure, anticipe. Il cesse de regarder le marché domestique comme une arrière-cour et le traite enfin comme le cœur battant de la stratégie économique nationale.
Les liquidités circulent, les secteurs respirent, des entreprises locales cessent d’être des figurantes dans leur propre pays. L’intervention publique n’est plus un gros mot, mais un levier. Et c’est précisément là que le bât blesse pour les tenants de l’inaction élevée au rang de vertu. Les vierges effarouchées de l’orthodoxie budgétaire crient au scandale : « 4000 milliards ? Vous voulez ruiner le pays ! » Comme si le vrai gaspillage n’avait pas toujours été de ne rien faire, de laisser le chômage s’installer, la production locale agoniser et l’importation devenir une religion nationale.
En 2025, le Sénégal n’a pas choisi l’austérité somnambulique. Il a opté pour une thérapie de choc raisonnée : injecter, oui, mais orienter ; dépenser, oui, mais produire ; intervenir, oui, mais structurer. Un État qui agit, c’est un État qui dérange. Il dérange les rentiers, les importateurs chroniques, les gestionnaires professionnels de la pénurie et les prophètes de l’impuissance déguisée en sagesse.
Car quand l’État fonctionne, certaines médiocrités deviennent inutiles. Et c’est sans doute cela, le vrai scandale. Pas le montant mobilisé, mais le signal envoyé. En cessant de demander la permission pour investir chez lui, le Sénégal a rappelé une évidence longtemps oubliée : le marché domestique n’est pas un problème à contourner, mais une solution à construire.
Si c’est cela le danger, alors oui, le Sénégal est dangereux.
Dangereux pour l’inertie. Dangereux pour le fatalisme. Dangereux pour ceux qui préfèrent un pays pauvre mais prévisible à un pays debout, imparfait, mais résolument imprévisible.
Malick BA
Bayaliou
Journaliste et analyste politique