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Et si l’expression « la réalité du pouvoir » n’était pas qu’une formule que l’on répète sans vraiment l’interroger ? Et si, au fond, le pouvoir révélait moins ce que nous devenons, que ce que nous avons toujours été, en silence ?
Quand on parle de pouvoir, beaucoup pensent immédiatement aux grandes fonctions : ministre, directeur, chef d’entreprise. Pourtant, la vérité est bien plus subtile : tout être humain exerce une forme de pouvoir. Le père de famille exerce un pouvoir. L’enseignant exerce un pouvoir. Le manager exerce un pouvoir. Même l’élève brillant exerce un pouvoir sur ses pairs.
Le pouvoir n’est donc pas qu’une position hiérarchique. C’est une influence, un impact, une autorité morale ou fonctionnelle qui s’exerce parfois même sans en avoir conscience.
Il arrive souvent, lorsqu’un ami, un collègue ou un camarade accède à un rôle de responsabilité, que les autres disent : « Il a changé. Ce n’est plus le même. Le poste lui est monté à la tête. » Mais est-ce vraiment un changement ? Ou bien une face de soi longtemps contenue, que les responsabilités ont simplement fait émerger ?
La promotion interne en est l’exemple le plus emblématique. Le collègue d’hier devient le chef d’équipe d’aujourd’hui. Et soudain, son sourire devient suspect, sa rigueur devient froideur, et sa distance devient arrogance. Parce que le pouvoir modifie non seulement celui qui l’exerce, mais aussi le regard de ceux qui le subissent ou l’observent. C’est ce qu’Abraham Lincoln rappelait avec lucidité : « Si vous voulez tester le caractère d’un homme, donnez-lui du pouvoir. » Le pouvoir agit comme un miroir grossissant. Il met en lumière les valeurs authentiques ou les fragilités que les responsabilités ordinaires laissent parfois dans l’ombre.
Celui qui était humble le restera. Celui qui était juste le deviendra davantage. Celui qui était déjà en lutte avec son ego verra son ego amplifier sa voix.
Une étude menée par l’Université de Californie (Berkeley) a démontré que les personnes en position de pouvoir ont tendance à manifester davantage leurs traits de personnalité préexistants, qu’ils soient positifs ou négatifs. Le pouvoir n’invente pas de nouveaux comportements : il libère ceux qui étaient déjà présents.
Ce n’est donc pas le pouvoir qui corrompt l’homme. C’est l’homme qui, parfois, corrompt la fonction.
La véritable grandeur n’est pas d’obtenir une position. C’est de conserver une intégrité stable quand les regards se multiplient, quand les attentes s’alourdissent, quand les critiques se font plus proches. Nelson Mandela nous l’a rappelé avec force : « Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends. » Cette posture, il l’a gardée dans les profondeurs de sa cellule comme au sommet du pouvoir. Parce qu’il savait que le pouvoir n’était pas une transformation, mais une responsabilité.
Être promu, ce n’est pas « devenir quelqu’un ». C’est devenir encore plus ce que l’on est.
Alors la vraie question est simple : Quand le pouvoir changera votre environnement; serez-vous capable de ne pas laisser votre environnement vous changer ?
PLIID
Bayaliou
Journaliste et analyste politique